22.08.2007

MARGUERITE...

 

 podcast

 

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de ma Mamine.
Aujourd’hui elle a 93 ans…
Aujourd’hui je suis loin d’elle mais en même temps, elle est tellement proche.

Ma Mamine c’est une crème, une douceur qui rappelle à ma mémoire des souvenirs merveilleux d’amour, de joie, de rires, de gâteries, d’enfance à la saveur douce et sucrée.

Ma Mamine n’a pas eu une vie facile. Elle est née à l’aube de la Grande Guerre, a perdu sa maman très tôt, et son père, menuisier dans un coin perdu de campagne a dû élever seul ses quatre enfants. Marguerite a donc été placée très vite comme employée de maison, et elle est partie avec sa malle travailler dur et tôt.

Puis elle a rencontré mon Papi, ils se sont mariés, ont eu un seul enfant, Maman, juste avant la deuxième Guerre. Mon Papi n’était pas un ange, malgré tout, Marguerite ne se plaignait pas. Elle ne se plaignait pas quand il rentrait éméché, ni quand il allait voir d’autres femmes… Elle ne s’est jamais plainte non plus quand elle a fait de la tuberculose osseuse en pleine Guerre, qui lui laissa un bras à jamais handicapé. Elle ne s’est jamais plainte lorsqu’elle crevait de faim pendant la Guerre, en faisant le maximum pour que Maman mange tous les jours. Elle n’a jamais montré sa peur  quand elle devait passer devant les Allemands, alors qu’elle cachait dans sa cave son beau-frère résistant évadé.

Ma Mamine a toujours été fière de sa fille devenue maîtresse d’école. Certes, Maman avait plutôt rêvé de devenir dessinatrice, mais il n’en était pas question, l’Ecole Normale c’était abordable, les cours de dessins, non.

Puis, sa fille s’est mariée. Elle a toujours beaucoup apprécié mon Papa. Et nous sommes arrivés. Des petits-enfants. Deux. Un garçon et une fille ! La vie était quand même bien faite, et mère Nature généreuse.

Ma Mamine est la reine des Mamies, une Mamie gâteau comme on en veut tous… Les repas chez elle prenaient toujours un air de fête, les petits plats dans les grands, je sens encore de là l’odeur de sa Mouclade, de ses gâteaux…  Il régnait dans cette maison toujours un air de fête !

Les vacances nous comblaient d’aise : nous expérimentions les lits en 140 avec la lumière qui pendouille avec un fil pour allumer, le bruit des voitures dans la rue alors que nous habitions en pleine campagne. Le vieux papier peint, l’odeur du bois, celle du shampooing Mixa bébé… sont mes Madeleines de Proust.

Le jeudi c’était l’expédition au marché de Niort. Tout était réglé comme du papier à musique : ma Mamine venait me réveiller en ouvrant grand les volets, déposant un baiser sur mon front, nous partions ensuite en bus (moyen de transport que je n’utilisais qu’à ce moment précis…), nous faisions le tour des Halles, que je trouvais immenses, bruyantes… Ma Mamine connaissait mes péchés mignons : du merlu au court-bouillon avec des pommes vapeur et du beurre fondu, et du St Marcellin qu’on allait acheter chez le fromager. Chez ma Mamine, on mangeait des Petits Gervais, je retrouve l’ambiance de sa maison dès que j’en ouvre un…
 Nous rentrions à pieds, longeant les bords de Sèvre, et  il fallait être arrivés à temps pour écouter le Jeu des Mille Francs, que mon Papi n’aurait raté sous aucun prétexte.

Mon Papi se rasait tous les matins dans la cuisine, avec son blaireau et sa mousse à raser qui sentait bon. A côté du lavabo, un calendrier qu’il fallait effeuiller chaque jour, mon petit plaisir !

Moi je passais toujours des supers vacances dans cette cour commune où habitaient aussi mon grand-oncle et ma grand-tante (sœur de mon Papi). Au fond de la cour, il y avait les jardins. Le puits, autour duquel j’avais interdiction de tourner, les poiriers, les pommiers et la cabane.
Dans la cour, je faisais des kilomètres de trottinette, j’emmenais mes poupées en balade, et je m’inventais toutes sortes d’histoires plus fabuleuses les unes que les autres.

Puis j’ai grandi. J’ai quitté le nid, ne suis plus venue en vacances mais en coup de vent. Toujours pourtant je retrouvais cette maison avec délice. Mon Papi est parti quelques jours après que j’ai décroché mon billet d’entrée chez Air Glande. Ma Mamine était toujours la même, toujours douce et gentille, toujours attentionnée. Mr Bibou est entré dans ma vie. Ils s’apprécièrent au premier regard, je l’ai toujours su.

Il y a quelques années, il a fallu se résoudre à lui faire accepter de déménager, de quitter cette maison qu’elle aimait bien, et dans laquelle j’avais tant de bons souvenirs. Ce ne fut pas sans peine, et elle me dit encore qu’elle lui manque, sa maison ! Nous avons vidé la maison, Maman ayant décidé de la vendre pour pouvoir payer la maison de retraite. Nous avons retrouvé des vieux livres, des dessins de Maman, des conserves datant de Mathusalem, la malle de sa jeunesse… et partout, des souvenirs.

La maison a été vendue. Je suis repassée devant, la personne qui l’a achetée a fait beaucoup de travaux pour lui redonner une nouvelle jeunesse. Je n’ai encore jamais osé m’arrêter et demander si je peux voir ce qu’ils ont fait. Je sais qu’un jour la tentation sera trop grande. Il y a tellement de bons souvenirs dans cette maison…

Ma Mamine, chaque jour, vieillit. Et pourtant, je n’ai pas envie de la voir vieillir. Je ne la vois plus beaucoup, la distance n’aide pas. L’année dernière elle avait une pêche d’enfer. Cette année, je la trouve vraiment vieillie. Ca m’a fait une peine immense. J’ai réalisé qu’elle avait son âge, qu’elle n’était pas immortelle et qu’un jour ou l’autre, elle s’en ira. Mais je sais ce qui ne s’en ira pas : cette odeur qu’elle a toujours, ses yeux malicieux et aimants, l’intonation de sa voix et son accent du Marais, son rire, son goût des fleurs, sa coquetterie, et tous les souvenirs d’enfance qui remontent lorsque je pense à elle.

Aujourd’hui c’est son anniversaire. Alors venez tous déposer un bisou pour elle que le vent emportera jusqu’à ses joues sur lesquelles j’aime tant poser mes lèvres.



 

Commentaires

parce qu'il n'y a rien de plus beau qu'une mamie gâteau,
et que ma mamounette chérie à moi me manque tous les jours ou je suis loin d'elle,
alors des bisous pour ta mamine à toi j'en envoi aussi des milliers dans les 2 sèvres!
et pis quelques un à toi aussi , rien que parce que tout ce que tu as écris sur elle est émouvant, et qu'elle doit être fière qu'avoir une p'tite nenette comme toi comme p'tite fillote.

Ecrit par : cécile C | 22.08.2007

Ouhla, j'ai les larmes aux yeux là, c'est très beau ce que tu racontes...
Bon anniversaire à ta Mamine et plein de bisous à vous deux...

Ecrit par : Lul'oups | 23.08.2007

ben bisou de bon anni à ta mamine, alors !

Ecrit par : Marie | 23.08.2007

Jolie note... Ca me fait penser à la mienne, qui n'est plus là, les madeleines de Proust...
Joyeux anniversaire à elle !

Ecrit par : marmotte | 23.08.2007

Très émouvant ton hommage à ta mamine pour son anniversaire. Ca fleure bon, on y est... comme toujours quand tu écris avec le coeur.
Des bisous pour toutes les deux.

Ecrit par : kate | 23.08.2007

Merci pour vos bisous...

Ecrit par : BIBOUNETTE | 24.08.2007

Très bel hommage à ta mamine. Elle a de la chance de t'avoir comme petite fille. J'en ai les larmes aux yeux.
DE gros bisous pour elle et pour toi

Ecrit par : christine | 25.08.2007

je suis un peu en retard, mais je l'embrasse bien fort, ta mamine!

Ecrit par : Fraisynath | 30.08.2007

Merci les cops c'est super gentil...

Ecrit par : BIBOUNETTE | 31.08.2007

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